Blogue, P'tite vie de prof, Prof etc / 2018-01-10

Et si on demandait aux élèves?

Depuis des années, on fait de plus en plus d’intégration dans les classes du Québec.

En tant qu’enseignante au primaire, j’ai eu plusieurs enfants, avec différents troubles, intégrés dans ma classe avec les années. Ces enfants viennent «souvent» (mais je dirais que de plus en plus, le bon mot est «parfois») avec des ressources pour les aider. Un ordinateur, une tablette, un pupitre spécial ou l’aide d’un/une technicien(ne), quelques heures par semaine.

Il y a plusieurs avantages à intégrer un enfant en difficulté d’apprentissage, autant pour l’enfant en question que pour les autres élèves de la classe. J’y crois fermement. Lorsque les ressources y sont.

On va se le dire, on sait parfois déjà au primaire que certains ne finiront pas leur secondaire. C’est triste? Je ne le vois pas comme ça. Ces enfants ont souvent d’autres capacitées insoupçonnées! J’ai déjà eu un élève de 5e année, presque incapable de lire et écrire, monter un meuble Ikea, sans le plan, en 20 minutes!

Le problème, c’est que dans ma classe, cet élève, il ne fonctionnait pas à son plein potentiel! Je n’avais pas les ressources pour l’aider à développer ses talents. Je n’avais pas vraiment de moyens ou de matériel pour lui enseigner autre chose que la lecture, l’écriture, les mathématiques,… J’essayais du mieux que je peux de le valoriser et de l’aider.  Mais s’il avait été dans une classe adaptée à ses besoins?

Mais surtout, si on lui avait demandé ce que LUI, il désirait?

Peut-être aurait-il choisi de rester avec ses amis. Avec des enfants de son âge. Dans l’école que son petit frère fréquentait aussi?

Mais peut-être aurait-il choisi une classe où il ne s’ennuierait pas? Où il aurait eu de l’aide pour développer son plein potentiel?

Depuis que la vague d’intégration est commencée, les intervenants en éducation demandent au gouvernement de LES écouter. Le manque d’aide est flagrant. Et commence même à empêcher les élèves réguliers d’apprendre correctement parfois.

Mais, peut-être que nous-mêmes devrions commencer à écouter les ENFANTS?

Ou, encore mieux, ces enfants en difficultés d’apprentissage, qui sont maintenant devenus adultes.

Ceux qui ont vécu l’intégration. Ceux qui ont vécu les classes adaptées. Ceux qui ont vécu les deux.

Qu’est-ce qu’ils pensent,eux? Qu’est-ce qui leur a été plus bénéfique? Qu’est-ce qui serait mieux pour la future génération?

Pourquoi ne demande-t-on pas aux principaux concernés de donner leur opinion?

Avec l’annonce du Ministre de l’Éducation en octobre dernier, d’intégrer encore plus d’élèves dans les classes régulières, plusieurs profs ont froncé les sourcils, moi la première. La promesse d’augmenter l’aide en classe me laisse sur mes gardes. Cette promesse, on me l’a faite plusieurs fois. Et, malgré que j’aime ces élèves de tout mon coeur et qu’ils seront toujours les bienvenus dans ma classe, je me demande de plus en plus, si eux, ils ont vraiment envie d’y être?

Et si, en 2018, on faisait différent, Monsieur le Ministre?

Si on demandait aux enfants dans quel environnement ils préféreraient faire leurs apprentissages?

Je leur fais confiance. Je suis certaine que plusieurs en auraient long à dire!

Isa Belle

3 Comments

  1. À quand un ménage en éducation?

    […] Devrait-on demander aux élèves ce qu’ils veulent pour leur éducation? Lire ma réflexion su… […]

    04 . Sep . 2018
  2. Louis Gerardin

    Absolument d’accord d’aller chercher chez cette catégorie d’enfants devenus adultes ce qu’ils en pensent, mais bien entendu on nous dira qu’ils n’ont pas la formation (pour ne pas dire autre chose) pour parler de ces choses qui appartiennent à la classe politique dirigeante.
    En ne le faisant pas, nous nous privons d’une ressource incalculable de réalités d’apprentissage et de vie.
    Depuis quand un médecin sait mieux que quiconque ce qui est bon en éducation…Il promet des repas aux enfants, parce que c’est facile, et le coût est mesurable mais on se fiche éperdument s’il est heureux ou s’il apprend quelque chose qui lui sera utile pour se sentir à l’aise et heureux dans la société. c’est vraiment pitoyable et triste.
    Je crois enfin que de plus en plus de parents devraient aussi prendre leur rôle au sérieux; nous les avons voulu ces enfants ? Pourquoi donc ? … Occupons-nous en et nous pourrons faire pression sur nos élus pour qu’ils prennent les bonnes décisions… cela dit, je ne suis pas contre une augmentation pour les enseignants mais alors, que ce soit pour tous les enseignants…au lieu de nous bombarder de « Fake News » pour avoir notre vote.

    08 . Sep . 2018
  3. Le jour J: Proposer aux parents une classe spécialisée - IsaProfEtc

    […] À lire: Et si on demandait aux élèves? […]

    12 . Mar . 2019

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