Blogue, Isa Belle, P'tite vie de prof, Prof etc / 2018-04-10

Les allergies alimentaires à l’école – Éduquer au lieu d’interdire?

Je suis enseignante au primaire depuis 16 ans. J’ai enseigné dans plusieurs écoles. Toutes interdisaient les noix et les arachides dans les boîtes à lunch pour protéger les enfants qui en sont allergiques. Celles-ci sont devenues avec les années des substances considérées presque plus dangereuses que la kryptonite! Bon, juste si on est Superman, là!

Certains établissements scolaires ont même poussé jusqu’à interdire les collations faites maison comme, les muffins, les galettes ou les gâteaux. Tsé, des fois que les parents ne respecteraient pas le ghetto anti-peanut que l’école a instauré en faisant leurs recettes tirées tout droit du site internet de Ricardo ou de leur livre de Famille futée!

Je peux comprendre. Certains petits humains sont hautement allergiques! Et la dernière chose que je voudrais, c’est de leur faire du mal avec ma barre tendre mélange du randonneur.

Le problème, c’est que des allergies, il y en a de plus en plus. Mais surtout, elles sont de plus en plus différentes!

Dans la même école, il peut y avoir 20 types d’allergies! Les bonnes vieilles peanuts et les noix sont toujours présentes, mais on retrouve aussi les kiwis, le lait, la moutarde, les oeufs, le poisson, les fruits de mer, les agrumes, les fraises, le gluten, les avocats, les graines de sésame,…

Qu’est-ce qu’on fait en tant qu’école avec tout ça? On ne peut quand même pas TOUT interdire?

À l’école, on boit de l’eau! C’est tout?

En plus, lorsque les élèves se retrouvent au secondaire, il n’y a plus de règle d’allergie. Leur meilleur chum peut manger une beurrée de beurre de peanut juste à côté d’eux dans la cafétéria! Le temps d’un été, on suppose que les enfants deviennent matures et responsables de leur nourriture allergène, sans jamais avoir eu d’éducation sur le sujet.

Et si, au lieu d’interdire, on éduquait nos cocos dès la maternelle?

En 2009, il y avait quand même 40 000 enfants allergiques dans nos écoles québécoises! (Source: Allergie Québec) Et notre rôle en tant qu’enseignant est d’éduquer. Et ça, ce n’est pas juste donner des cours de français et de mathématiques. Il faut éduquer les jeunes à vivre en société. Aujourd’hui, ça veut aussi dire vivre avec les allergies.

Est-ce qu’on fait vraiment notre job en tant qu’école en mettant une interdiction sur certains aliments seulement?

Je t’avertis tout de suite: je n’ai pas d’enfant allergique. Je suis pourtant capable d’empathie. Si ma fille avait une allergie, j’aurais peur comme certains parents. Je voudrais sûrement la protéger aussi. Il m’est difficile de me mettre à 100% dans les souliers de ces parents, parce que je vis la situation de l’extérieur. Mais…

J’enseigne à mes élèves (et à ma fille!) à être responsables et à se débrouiller le plus possible. À trouver des solutions. À se respecter. Et à respecter les autres. Je suis convaincue que l’on pourrait cesser d’interdire les arachides et les noix à l’école primaire. Même en maternelle.

Oh! Il ne faut pas penser que la solution est de lever l’interdiction et de ne rien faire ensuite! Au contraire! Avoir des arachides en classe nous obligerait à travailler plus! À respecter d’autres règles: des règles de VIE, qui de toute façon, avec toutes les différentes allergies présentes aujourd’hui, devraient aussi être respectées à l’extérieur de l’école.

1- Être informé, dès la première journée d’école, de quelles sont les allergies présentes dans la classe.

C’est logique, mais souvent les enseignants n’ont ces précieuses informations que quelques jours après la rentrée. Ou même quelques semaines quand la fameuse feuille d’information de l’élève finit par revenir de la maison…

2- Présenter aux petits humains leurs camarades allergiques

Si on insiste sur les dangers des allergies qui sont présentes dans la classe, les enfants seront capables d’être responsables. Il faut leur faire confiance.

3- Avoir une liste des allergènes de la classe sur un mur, à la vue de tous

Avec une photo des élèves concernés. Et pour les plus jeunes, on peut ajouter une image de l’aliment allergène à côté de la photo de l’élève. Demander aux petits humains de la consulter quotidiennement en début d’année, surtout avant les collations et les heures de dîner. Cette liste sera aussi utile lorsqu’il y aura un suppléant.

4-Interdire les partages d’aliments entre les élèves.

C’est simple. Et ça règle tellement de problèmes!

5- Instaurer une routine à la période de collation et au dîner.

Si un enfant a un aliment qui est allergène pour un autre, il doit s’asseoir à une table différente. Ensuite, il doit bien nettoyer sa table, ses mains et se rincer la bouche. Une affiche avec les étapes à respecter serait l’idéal!

6- Envoyer une liste des allergènes présents dans la classe aux parents

Sans nommer les enfants concernés, bien sûr! Mais en sachant les aliments qui pourraient être dangereux pour un coco de la classe, les parents pourront rappeler à leur enfant de faire plus attention la journée où il y aura un kiwi dans la boîte à lunch par exemple.

C’est du travail? Oh oui!

Tellement plus simple d’interdire les noix et les arachides, hein?

Pourtant, je suis convaincue que mon rôle en tant qu’enseignante est de faire ce genre d’éducation. Et que de cette façon, TOUS les élèves, peu importe leur allergie, seraient beaucoup mieux protégés.

Interdire les noix et les peanuts dans les boîtes à lunch ou montrer à nos petits humains comment interagir avec les allergies alimentaires? Qu’en penses-tu?

Isa Belle