Blogue, La prof (extra)ordinaire, P'tite vie de prof, Prof etc / 2019-03-12

Le jour J: Proposer aux parents une classe spécialisée

Cette rencontre, je l’appréhende tout autant que vous.

Je n’ai pas envie de vous dire ce que vous n’avez pas envie d’entendre.

La réalité est là : la classe régulière ne répond pas aux besoins de votre enfant.

Les premiers chapitres

On s’en doute depuis un petit ou un grand bout, c’est selon. Vous avez entrepris des démarches, vous avez rencontré des spécialistes. Vous avez sollicité ma collaboration pour remplir des grilles et des questionnaires pour aider à bien cibler les difficultés de votre enfant. On s’est écrit, on s’est parlé au téléphone, on s’est rencontré. On a mis sur pied un plan d’intervention. On a mobilisé des gens et des ressources. Vous et moi, on fait une super équipe!

Depuis le jour 1, j’accueille votre enfant chaque matin avec le sourire. J’adapte, je modifie, je travaille avec mes collègues pour que votre enfant puisse vivre des réussites au quotidien, être bien et intégré au sein du groupe.  Parce que, oui, votre enfant je l’aime et je le trouve très attachant. Voilà pourquoi j’ai ajouté des repères visuels à mes activités, que j’ai arrêté de faire des chansons; bref, que j’ai transformé ma façon d’enseigner.

Mes collègues et moi, nous avons réaménagé le local afin que votre enfant puisse y avoir un espace où il sera bien. Nous avons investi du temps et de l’énergie pour concevoir du matériel, des ressources. Nous avons lu des livres, nous nous sommes inscrites à des formations. Nous avons fureté sur des groupes d’échange afin de dénicher LES meilleures approches pour répondre au besoin de votre enfant.

Nous avons passé de nombreuses heures de dîner à nous poser des questions et à tenter d’y répondre. Nous avons créé et plastifié des pictogrammes, etc. Parfois, nous avons passé des nuits blanches à force de vouloir trouver ce qui fonctionnera.

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Au quotidien

Mais la réalité est là : une classe de 20 élèves demeure une classe de 20 élèves. Il y a beaucoup de stimuli et beaucoup de gens. Il y a peu de temps en individuel entre chacun des élèves et l’enseignante.

Votre enfant y vit des frustrations, y vit beaucoup d’anxiété, n’arrive pas à comprendre les activités, les consignes ou les jeux ou refuse le contact avec ses pairs. Il lui arrive de frapper, de mordre, de lancer des objets ou des meubles. Il lui arrive de se désorganiser. Il se ronge les ongles, répète tout ce que je dis, porte des objets à sa bouche. Parfois, il pleure ou il a mal au ventre.

À lire: Et si on demandait aux élèves?

Devant ces manifestations de comportements, je vois la souffrance de votre enfant. Je me sens parfois impuissante. Je voudrais tant qu’il soit bien, apaisé et disponible aux apprentissages. Je voudrais qu’il participe avec les autres et qu’il soit heureux. Et non, je ne crois pas qu’une pilule puisse tout régler.

Les spécialistes 

En tant qu’enseignante, il faut parfois beaucoup de courage et d’humilité pour reconnaître qu’une classe spécialisée est envisagée pour un élève. Certaines personnes le vivent comme un échec professionnel, d’autres ont peur du jugement. Pourtant, ce n’est pas un échec de reconnaître la détresse d’un jeune et de demander un service plus adapté à ses besoins.

Il faudra aussi investir beaucoup de temps et d’énergie à la constitution du dossier de présentation. Il faudra parfois « prouver » notre point face à nos collègues. Si je vous propose cette fameuse classe, c’est parce que je crois sincèrement qu’elle répondra adéquatement aux besoins de votre enfant.

Des ressources externes sont venues observer en classe. Ils m’ont demandé de remplir des grilles et des questionnaires. J’ai communiqué avec le pédiatre, l’orthophoniste, le psychologue. Ils arrivent à ce constat eux aussi : la classe régulière ne répond pas aux besoins de votre enfant.

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La fameuse rencontre

En cette période de l’année, l’organisation scolaire est déjà en préparation pour la prochaine année scolaire. Il nous faut donc soumettre les dossiers de présentation des élèves pour lesquels nous envisageons une classe spécialisée. Nous ne voulons pas vous brusquer, mais les échéanciers sont une réalité avec laquelle nous devons tous composer. Ainsi, nous vous avons convoqué pour une rencontre.

Nous nous sommes préparées. Nous nous sommes rencontrées avant de vous convoquer. Nous voulons dresser un portrait le plus juste possible. Nous voulons utiliser les bons mots, nommer les choses telles qu’elles le sont, mais avec respect et délicatesse. Nous voulons que vous sentiez notre collaboration et notre souci du bien-être de votre enfant. Nous sommes pour la plupart parents nous aussi, nous tentons de nous imaginer de votre côté de la table.

Autour de la table, il y aura la direction, l’orthophoniste ou la psychologue, une conseillère pédagogique ou une éducatrice spécialisée. Toutes ces personnes ont à cœur le bien-être et la réussite de votre enfant. On veut que vous sentiez à quel point nous sommes mobilisées pour lui. Toutefois, on est consciente que ça peut projeter une image tout autre…tous ces gens autour d’une table, face à vous.

Pendant la rencontre, vous hochez de la tête et faites des hum-hum. Des larmes roulent peut-être sur vos joues. Parfois, vous vous emportez et frappez sur la table en affirmant haut et fort qu’il n’en est pas question. Peu importe où vous vous situerez, nous serons là. À l’écoute. Nous répondrons à vos questions. Nous vous accompagnerons à chacune des étapes et nous continuerons de collaborer avec vous.

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À lire: À quand un ménage en éducation?

Et après?

Dès que l’organistion scolaire aura la confirmation de la localisation de la classe, vous en serez informés. Nous irons visiter avec vous. Vous rencontrerez mes collègues de l’adaptation scolaire. Des gens extraordinaires, qui croient en leur classe et qui sont heureux de vous y accueillir.

De l’autre côté du miroir…

J’ai été cette enseignante en adaptation scolaire qui accueille un élève… et ses parents. Je me souviens de ces regards remplis d’inquiétudes et d’appréhensions. Pour les élèves, ça se passe très bien la grande majorité du temps. En quelques semaines à peine, les comportements s’apaisent et les jeunes semblent bien, heureux, calmes.

Les parents ont quant à eux plusieurs questions et c’est normal. Oui, nous suivons le même programme qu’au régulier (sauf en cas de déficience intellectuelle). Oui, il y aura les examens de fin de cycle. Non, une dysphasie ne se guérit pas. Oui, il y a des classes d’adaptation scolaire au secondaire.

Afin d’avoir un portrait plus actuel, j’ai consulté une de mes grandes amies, une enseignante en adaptation scolaire pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration. Elle affirme avec conviction que les élèves sont bien dans une classe qui correspond à leurs besoins et les parents sont souvent très reconnaissants. Lors de la première rencontre de parents, elle se fait souvent dire « mon enfant aime enfin l’école et il est heureux, merci ». Cette enseignante n’est pas la seule à croire fermement en sa ressource et à souhaiter que ces classes soient mieux connues, car elles font des miracles au quotidien.

En somme, il n’y a pas qu’une seule voie. L’important c’est de trouver celle qui permettra à chaque élève de vivre sa scolarité dans les meilleures conditions possibles et d’y être heureux.

* Merci à mes précieuses amies pour leur collaboration et leurs propos pour la rédaction de ce texte.

Écrit par: La prof (extra)ordinaire

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Isa Belle

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