Blogue, La prof (extra)ordinaire, P'tite vie de prof, Prof etc / 2019-04-07

Quand l’incertitude te fait détester le printemps!

Je sais, je suis à contre-courant en affirmant cela. Même si j’en ai ras-le-bol de l’hiver qui n’en finit plus, je déteste le printemps!

Si je déteste le printemps :

  • Ce n’est pas parce que la cour d’école se transforme en plage post-apocalyptique couverte de gravier, de sable, de roche et de mares d’eau boueuse.
  • Ce n’est pas parce que je dois prévoir 10 minutes à chaque retour de récréation et de dîner pour gérer les changements de bas et de mitaines complètement trempés.
  • Ce n’est pas parce que les couloirs et les vestiaires de l’école dégagent une odeur qui fait frémir de jalousie toutes les moufettes de ce monde.
  • Ce n’est pas à cause de la 8e épidémie de gastro que je devrai gérer en accueillant des élèves qui me disent qu’ils n’ont vomi que deux fois ce matin et en troquant mon parfum pour une odeur de gel antibactérien combinée au doux parfum des lingettes désinfectantes et taire ma conscience écolo par la même occasion.
  • Ce n’est pas à cause de la 5e infestation de poux qui me donnent envie de me gratter simplement en l’écrivant.
  • Ce n’est pas parce que je dois endurer un gros rhume du printemps.
  • Ce n’est pas parce qu’il faut déjà avoir un pied en septembre en prévoyant la liste d’effets scolaires, le calendrier, l’accueil des nouveaux, etc.

Pour d’autres anecdotes comiques sur ta p’tite vie de prof, clique ici!

Mais pourquoi je déteste tant le printemps, alors?

Si je déteste le printemps, c’est pour deux raisons bien simples : la première n’a rien à voir avec mon travail. Je souffre d’arthrose sévère et le haut taux d’humidité relative du printemps me fait souffrir. Chaque pas me cause de la douleur, rester assise me cause de la douleur, rester debout me cause de la douleur; bref, exister me cause de la douleur. La douleur chronique affecte ma patience, ma tolérance et ma bonne humeur générale.

Si je déteste le printemps, c’est aussi parce que les prévisions de clientèle pour la prochaine année scolaire sont annoncées. Un mémo affiché au babillard ou un message écrit au tableau blanc du salon du personnel ou un courriel acheminé à tous. Encore une fois ce printemps, c’est comme ça que j’apprends qu’il y a de fortes chances que je doive changer d’école. Même après 15 ans, rien n’est garanti.

Selon les commissions scolaires, les postes sont attribués par les directions ou choisis par les enseignants selon leur ancienneté. Chez nous, c’est la 2e option. Cette situation crée une atmosphère parfois très négative au sein de l’école. Ça crée des appréhensions, des inquiétudes et même, à l’occasion, des larmes.

Des tensions à l’école

À l’intérieur même d’une école, la tension est parfois à couper au couteau en ce temps de l’année. Le collègue d’une amie lui a déjà affirmé qu’il avait 5 jours de plus d’ancienneté qu’elle et qu’il  n’hésiterait pas à la bumper pour avoir le poste qu’il désirait puisque c’était lui le plus vieux! Ouf! Quelle ambiance de travail par la suite…

Dans certains milieux, tout le monde devient hyper nerveux! On ne veut pas blesser personne, mais en même temps, on pense à soi.

Il y a toujours des rebondissements et des surprises! Il arrive parfois qu’une enseignante s’affecte à une école en choisissant un poste (qui chamboule plusieurs personnes) mais qui ne l’occupera jamais pour X raison (maternité, maladie, etc.) Une enseignante qui décide de changer d’école et qui arrive au sein de l’équipe avec 25 ans d’expérience, ça peut avoir un effet domino sur les postes…

Tout comme une hausse ou une baisse de clientèle, une multi, la construction d’une nouvelle école qui ne démarre jamais… La liste est longue!

Attendre la séance d’affectation…

L’enseignement, c’est la précarité permanente! Avoir un poste permanent, ça veut seulement dire avoir un poste au sein de la commission scolaire. On ne peut pas garantir où, ni dans quel niveau.

Il me faudra donc attendre les nouvelles prévisions de clientèle pour savoir si je reste ou si je suis dans l’obligation de partir… Viendra ensuite la séance d’affectation (ou d’embauche, ou bassin, les appellations varient selon les commissions scolaires.) Un moment hyper stressant pendant lequel tout peut basculer, au cours duquel il y a parfois de grands revirements de situation et des possibilités qui disparaissent au même rythme que de nouvelles apparaissent.

Une grande salle, 2 micros, 2 tableaux, 22 problèmes techniques pendant la séance. Il faut être hyper attentive, ne rien rater des postes pris, ni de ceux libérés par la même occasion. Des larmes de joie, des larmes de peine, des sourires, des accolades et des gens qui s’effondrent… Une séance que j’aimerais bien éviter cette année.

L’incertitude du printemps

En début de carrière, je n’étais pas trop affectée par cette réalité. Je n’avais pas d’enfants et je me disais que plus je voyais d’école, plus j’apprenais. Toutefois, 15 ans et 2 enfants plus tard, je me dis que je suis bien où je suis. J’aime mes collègues, j’aime mon équipe, j’aime ne faire que 22 minutes de voiture pour aller travailler. J’aime ma stabilité.

Je n’ai pas envie de faire des boîtes et de les défaire. Je n’ai pas envie de changer d’équipe. Je ne veux pas apprendre le fonctionnement d’un nouveau photocopieur. Je n’ai pas envie de devoir faire 40 minutes pour aller travailler. Je n’ai pas envie. Point final.

Évidemment, mon pouvoir et mon contrôle sur cette situation sont de 0%. Alors, je tente de lâcher prise. Je me dis que rien n’arrive pour rien. J’essaie aussi de croire ce que je me dis!!!

Visite la section Trucs pour lâcher prise du blogue!

À suivre, plus tard ce printemps…

Écrit par La prof (extra)ordinaire

Pour lire d’autres billets écrits par La prof (extra)ordinaire, clique ici!

admin

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *