P'tite vie de prof, Prof etc, Prof par I.V. / 2019-06-10

Prof: Je refuse de devenir LA statistique

Dans la vie, je sais qu’on est tous une statistique. On est un résultat de recensement. Je fais partie de la mince statistique des gauchers. Statistique que j’ai d’ailleurs léguée à mon fils. Je suis dans la petite statistique des hauts QI. Je suis dans le minuscule pourcentage des gens atteints d’une rare forme de cancer, celui dont on ne peut pas mourir. J’intègre la grande majorité des gens anxieux. Je suis aussi une femme enseignante.

Et je ne ferai pas partie de LA statistique.

Je refuse. No way. Non merci. Pas question.

Parce que selon toutes les données recueillies en éducation, plus de 25% des enseignants abandonnent la profession. Pis je dois te dire que je me suis questionnée. À quelques reprises. Parce qu’enseigner, c’est difficile. Pas la matière, on a reçu les cours pour ça. Il est évident que chaque année, on se questionne sur nos méthodes, on se réinvente et c’est tout à fait normal. On cherche à aider, améliorer, redéfinir, peaufiner. On chemine, on se braque parfois, mais on finit par avancer quand même. C’est une beauté du métier à mon humble avis.

Lever le drapeau blanc

Puis, des fois, des p’tites fois, on reste bien pognés avec notre fatigue, notre manque de ressources ou d’aide. On s’use à tenter de trouver des solutions. On n’a plus d’idée, sauf peut-être allumer un lampion ou deux ou je ne sais trop quel rituel religieux. Des fois, juste des fois, on lèverait un petit drapeau blanc, comme dans les p’tits bonhommes de mon temps. Quand le Coyote était à boutte du RoadRunner et qu’il ne savait plus trop comment le lui faire savoir. Faque là, on y pense, on se dit que peut-être que finalement, la maudite stats va nous avaler après tout. Que c’est ça qui est ça.

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Eux.

Quand j’y pense, je me dis que je suis trop vieille pour changer, déjà qu’enseigner ce n’était même pas ma première carrière dans la vie. Pis après ça, je pense à toi, toi, lui, elle, eux. En fait, ce sont franchement eux qui me tiennent.

Eux. Simplement en étant là chaque jour. Eux, ces Maxime, ces Raphaël, ces Xavier, ces Charlotte, ces Kelly, ces Léa. Ce sont ces enfants qui nous portent bien au-delà de ce que les gens peuvent penser. Les profs disent qu’ils portent l’école à bout de bras. Mais j’y pense, en fait, les enfants portent souvent les profs qui portent l’école à bout de bras.

Faque imagine mon pitt, si moi, je suis fatiguée de porter cette école malade à bout de bras, mon Max, mon Raphy et ma Charlotinne, eux autres, ils sont exténués. Mais ça, on n’y pense pas. On se dit que l’école va bien, tout va bien. C’est un peu comme si tu reçois de la visite et que pour faire bonne figure, tu as tout caché la vaisselle sale dans le four. C’est propre mon chum, pas de problème. Il reste seulement à espérer que tu ne manqueras pas de verres… parce qu’aller piger dans le four, ce serait louche.

Lis pourquoi Isa Belle veut être une prof paresseuse!

Les 75% des enseignants restant s’accrochent chacun à leur façon et ils ont chacun, chacune leurs raisons. Mais je peux certainement te dire que les miennes ont chacune un prénom.

Je vous aime mes amours, je serai là demain matin.

Écrit par: Prof par I.V.

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