Mymy La Chipie, P'tite vie de prof, Prof etc / 2020-02-10

Je suis juste une enseignante.

Je suis enseignante.

C’est ce que j’ai choisi de faire, certes, mais à quel prix ?
Celui de ma santé mentale ?
De l’estime de moi-même ?
Ce n’était pas dans le contrat. Je n’ai pas signé pour ça.

J’en étais fière pourtant… à mes débuts.
Je vis aujourd’hui de l’usure et d’une dépréciation de ma valeur.
Dans une société où cette «valeur» se définit par le succès populaire et monétaire, ma profession en a tristement peu à vos yeux.

Lendemain de tempête, lendemain de baîllon… Et maintenant?

Juste une enseignante…

Je suis enseignante.
Juste une enseignante.

Je ne remporte pas de prix. Le fruit de mon travail n’est pas à l’affiche, ni en nomination pour un quelconque gala. Rien de « glamourous », crois-moi.

Pas de chasseur de tête épluchant mon impressionnant profil Linkedin, prêt à faire monter les enchères pour me recruter dans son équipe, et ce, à tout prix.

Pas de clients invités au Centre Bell sur le bras de la compagnie. 

Pas de formation à l’étranger toutes dépenses payées, de semaine de vacances dans le sud en hiver à mes frais ou de temps supplémentaire facturé temps double.

À la fin de la journée, je n’ai généré aucun profit tangible, que des dépenses. 
Mes actions ne sont pas chiffrables. Je ne cote pas en bourse.

Je ne suis pas le sujet d’un portrait dans la Presse Plus applaudissant mes réalisations qui me permettra d’augmenter honteusement mon nombre d’abonnés sur Instagram.

Ces privilèges sont tristement devenus synonymes de réussite.

La coupable, c’est moi?

Je suis enseignante.

Je suis l’objet de ton mécontentement.

Je heurte tes valeurs. 

Je trouve les fissures dans le vernis lustré amoureusement appliqué sur ta si parfaite progéniture. Tu ne veux pas les voir. L’imperfection choque et rime faussement avec échec. J’en deviens donc la source. La coupable. 

Mes années d’études et d’expériences ne valent rien à tes yeux, ce qui te donne le luxe de remettre en question ma pratique et mes interventions, à me traiter comme un service à la clientèle. Tu sais comment faire. Être prof ? Un jeu d’enfants ! Tasse-toi je vais le faire !

Je fais partie d’un système malade et je suis au front, à en subir les coups et contrecoups. Au sens propre comme au figuré. 

Clique ici si tu te sens abandonné(e) toi aussi…

 

À être le bouc émissaire insuffisamment payé pour porter les torts d’un système dirigé par des bureaucrates confortables, climatisés, qui ne daignent que très rarement à mettre les pieds dans une école et qui croient détenir LA vérité. 

À jongler avec les travers d’une société qui pelte ses irresponsabilités dans notre cour. 

À colmater les trous laissés par un nid familial en décrépitude. 

À vider mes poches pour remplir leur quotidien de preuves qu’il existe encore, le plaisir d’apprendre. 

Quand je ne demande pas la lune, juste le gros bon sens et que les offres patronales sont insultantes, à la limite dénigrantes face à ma profession, je me demande ce que je vaux.

Ta job, ma job

Lors de tes soirées, on parle de job. De la tienne, de la mienne.

De ce que tu entends, ce que tu lis, de ce que je vis. 
Mes anecdotes sont rarement glorieuses. Rien de sexy, crois-moi. 
Elles sonnent comme des plaintes que tu me fais ravaler en me rappelant mes deux mois de congé et mes journées pédagogiques à boire du café. Une blague agencée d’un rire jaune. 

Pour savoir quoi répondre quand on te parle de tes 2 mois de vacances, clique ici!

Tu ne veux pas les entendre. Tu ne veux pas voir que ça va mal. Salement mal.

« Ouf ! Je ne ferais pas ta job ! »
Je l’entends ad nauseam celle-là.

Et ce n’est aucunement rassurant, encore moins valorisant, crois-moi.
Je ne me sens pas à ma place lors de ces soirées bien arrosées d’autocongratulations. 

Je n’ai pas de trophée à vanter, de promotion à fêter, ni d’anecdote sur la game de hockey tous frais payés, encore moins de photos de ma semaine à la plage prises en plein mois de janvier.

Je n’ai pas ces luxes-là.

C’est de valeur…

En fait, j’ai très peu de « valeur ».

Je suis enseignante.
Juste une enseignante.

Écrit par Mymy La Chipie

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