#onfaitquoi2020, Madame Emilie, P'tite vie de prof / 2020-04-01

Je suis déchirée de mes élèves.

Depuis le confinement, je respire consciemment chaque matin pour faire le pont entre mon esprit, mon corps et mon coeur. Chaque matin, je pleure, de torrents à de larmes tranquilles.

J’aimerais vous parler de mes élèves,
Laisser la place à la fille de mots,
Laisser de côté le rationnel,
Transformez l’intensité en douceur,
Et vous parler de mon coeur de prof,
De ma vulnérabilité,
D’eux.

Ils m’étaient prêtés 10 mois,
Et j’avoue avoir pris ce privilège, cette chance, pour acquis.
En début de carrière, le plus difficile était la rupture de fin d’année, que je croyais être la pire chaque année, car elle était toujours aussi vraie.
J’ai mis au point des rituels, leur écrire une lettre pour tout leur dire, et j’ai décidé, malgré tout, de les aimer sans limite, car j’ai fini par comprendre que j’avais de la place dans mon coeur pour chacun d’eux, sans jamais les oublier, les remplacer.

Le dernier mercredi que je les ai vus (le jeudi étant ma journée de congé), je leur ai dit « À vendredi » avec certitude.
Puis, l’incontrôlable. Vécu comme injustice.
Depuis, j’ai de la difficulté à être dans le moment présent.
Je suis déchirée de mes élèves.
J’ai cru à de la tristesse, de l’ennui.
C’est une souffrance, une douleur vive, un deuil précipité, un chagrin immense.

Je m’ennuie de chacun d’eux, leur unicité, leur lumière.
Je m’ennuie de tous, ensemble, qui formaient mes zèbres,
Ma deuxième famille,
Mon groupe du bonheur.

Tous les jours, je disais à qui voulait l’entendre « J’ai un beau groupe »
Mais c’était plus que ça.
Ils étaient l’espoir d’un monde meilleur.
Leur humanité et leur sensibilité, la différence.
Un baume quotidien pour mon âme.
Leur rire était du bonbon. Et il était constant.
Car le plaisir d’enseigner était inné.

Il y a deux ans, j’ai fait mon plus grand cheminement. Je ne sépare plus Mme Emilie et Emilie. Ces élèves n’avaient pas un rôle devant eux ou un chapeau, mais ils avaient accès à moi. Et ils prenaient soin de ce lien inébranlable avec bienveillance.
They just got me. Qui j’étais.
Aujourd’hui, mon coeur est brisé d’être moi sans eux.
Et de savoir que ce groupe était transférée pour une année.

Chaque jour, je suis en lien avec eux.
Des messages, des défis, des vidéos et des photos.
Mais je souhaite par-dessus tout que les portes de mon école ouvrent en mai, pour pouvoir les serrer dans mes bras et leur dire comme ils m’ont manqué.
Restons chez nous pour que cela devienne réalité.

Avec amour, namasté,
Mme Emilie

Écrit par: Madame Emilie

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admin

1 Comment

  1. Laurence

    Merci pour votre beau texte Mme. Émilie.
    Vous êtes une enseignante exceptionnelle…
    Notre fille Victoria a eu la chance de faire partie de votre classe l’année dernière. Depuis, il ne passe pas une journée sans qu’elle nous parle de Mme. Émilie.
    La petite lettre que vous lui avez écrite est toujours bien présente sur son bureau dans sa chambre… une belle attention qu’elle conservera pour toujours.
    Merci d’être l’enseignante que vous êtes… Vous êtes littéralement capable de faire sortir le meilleur de tous les petits zèbres qui auront la chance de passer par votre classe.
    Laurence

    04 . Avr . 2020

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