#onfaitquoi2020, Isa Belle, P'tite vie de prof / 2020-05-11

Au revoir, mon coco!

Le 12 mars, on s’est quitté comme d’habitude.

On a dû se sourire, un peu à la va-vite. La classe un peu à l’envers, comme tu peux le voir sur la photo que j’ai prise pour illustrer ce texte, photo de notre local, lorsque que j’y suis entrée la semaine dernière pour la première fois…

Moi, avec la hâte de rentrer à la maison pour faire le souper. Toi, en te dépêchant pour avoir plus de temps pour jouer au hockey avec tes amis (ou à Fortnite, on va être réaliste!).

On s’est dit “Au revoir! À demain!” ? Sûrement. 

Tel un automatisme. Celui des personnes qui ne craignent rien. Qui ne pensent pas que les choses vont changer.

Si on avait su, hein?

Le choc

La semaine dernière, j’ai appris que tes camarades de classe et toi ne reviendraient pas à l’école cette année. 

Toute la classe a choisi de rester à la maison. Tous les élèves.

TOUS mes p’tits amis de 6e année…

J’ai dû encaisser le choc. Parce que oui, ça en a été un. 

Depuis plusieurs semaines, je préparais votre retour dans ma tête. Mon cerveau bouillonnait d’activités géniales à faire avec les contraintes que nous devrions mettre en place. 

Mais surtout, je nous voyais JASER ensemble. Parler de tes craintes. Je me voyais te réassurer. Te faire rire. Te montrer que même si nos conditions d’apprentissage ne sont pas les mêmes, tu peux avoir du fun à l’école.

Je nous imaginais partir sur des ballounes comme on sait si bien le faire, rire aux éclats, avoir de la difficulté à reprendre notre sérieux pour revenir à la leçon. 

L’idée de pouvoir terminer l’année avec toi, avec du moins une partie de la classe, était un baume sur mon cœur de prof. On passerait au travers de tous les changements ensemble. On serait comme des super-héros, des pionniers du déconfinement! 

Je finirais cette belle aventure du primaire avec toi. Toi qui m’a comme enseignante depuis deux ans. Je voulais boucler la boucle avec toi. Avec eux.

Je te jure que lorsque j’ai appris que tous, vous ne reveniez pas, je suis tombée de haut!

La tristesse

J’ai beaucoup pleuré les premiers jours…

C’était plus fort que moi. J’étais envahie par une tristesse que je n’avais jamais ressentie.

Jamais je n’ai pensé que c’était parce que tu ne m’aimais pas. Je sais que c’est bien le contraire! 

Mais mautadine que ça me faisait de la peine!

Vendredi dernier, je suis allée vider vos pupitres et vos casiers. 

Un par un, j’ai mis vos choses dans un grand sac de poubelle noir. La larme à l’œil, je vous ai écrit un mini message à côté de votre nom. 

Une toute petite pensée. Qui a fait du bien à mon cœur de prof.

L’incertitude

En plus de ma tristesse de ne plus te revoir s’ajoutait l’incertitude.

Qu’est-ce qu’on me ferait bien faire pour les prochaines semaines?

Remplacer un(e) collègue d’un autre niveau qui ne revenait pas enseigner pour des raisons de santé?

M’occuper de tes apprentissages à la maison à temps plein?

Aider mes collègues de niveau?

Faire de la surveillance de récréation? Du ménage?

Cette incertitude m’a rongé les premiers jours… Difficile de s’adapter à l’inconnu! J’en ai fait beaucoup d’anxiété.

Ce texte de Karine Simard sur la peur m’a aidé à revitaliser tout ça.

En date d’aujourd’hui, je ne sais toujours pas ce que j’enseignerai lorsque nous rentrerons à l’école le 25 mai. Je le saurai sûrement mercredi ou jeudi…

Et c’est correct. Je comprends que la situation est extraordinaire. Je vais m’adapter. Et voguer où le vent veut bien me mener.

Enseigner et mettre des étoiles dans les yeux de nouveaux cocos. J’aurais voulu pouvoir allumer les tiens quelques fois encore.

T’enseigner malgré tout?

Je respecte la décision de tes parents. C’est une décision hyper personnelle, qui est différente pour chaque famille. Même pour chaque enfant.

Grâce à la technologie, j’ai été capable de garder contact avec toi lors des deux derniers mois. Je ferai tout mon possible pour continuer nos rencontres vidéo dans les prochaines semaines. Et je ne te parlerai pas de ma tristesse de ne plus vous revoir. La dernière chose que je veux, c’est te donner la responsabilité de mes émotions. 

Je serai juste heureuse de pouvoir passer ces moments avec toi!

Si je suis capable d’inspirer des enfants à apprendre tout en gardant deux mètres de distance, ça m’est possible d’allumer des étoiles dans tes yeux, même si nous sommes séparés par des kilomètres! 

C’est un de mes super pouvoirs de prof! 

Ça, et te faire voler sur une balloune de rire en pleine leçon sur le passé composé! 😉

Au revoir, mon coco!

Écrit par: Isa Belle

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